Encore une histoire comme ça

Encore une histoire comme ça
Le rêve de la tortue
Grandir, perdre sa coquille,
Marcher à deux pattes, serrer les poings
Approcher la jeune fille qui lui a souri
Lui raconter le fond des mers,
Lui parler des poissons délicieux
Des coraux qui chatouillent le ventre
La faire rire, toucher sa main
Plonger dans le lagon avec elle
Mais la tortue doit faire attention
Les enfants dans leur course
Parfois se cognent contre sa maison
Et la font rouler, basculer sur le dos
Alors elle doit attendre au soleil
Qu'un voyageur s'attendrisse sur sa misère
Quelquefois un crabe vient se venger
Pour un conflit de voisinage
Et comment plaire à la jeune fille
Avec un goût de sel et de larmes
La tortue prend son temps,
Elle sait que l'enfant aux cheveux blonds
Va grandir, devenir femme, fière et belle
Se préoccuper de faire tourner les têtes
Travailler, avoir une petite fille, et qu'un jour
Elle sera vieille, et qu'elle prendra aussi le temps
De rester sur le sable et regarder la vie paresseuse
Et la tortue sera là, comme toujours
Alors elle attirera son attention
La tortue attendit, se promena au fond des mers
Des montagnes sous l'eau, des épaves de navires
Découvrit des milliers de plages comme celle-ci
Le courant lui facilita le voyage, les étoiles la guidèrent
D'autres carapaces vagabondaient comme elles
Tuaient le temps pour laisser s'agiter les hommes
Des années passèrent et la tortue revint au lagon
Une vieille sur un banc couverte d'un châle
Cherchait à fuir le soleil qui brûlait ses yeux
La tortue la reconnut et s'approcha
Elles se lièrent d'amitié en quelques mots
Elles se racontèrent la mer et les villes
Les hommes et les baleines
Qui a le plus peur de l'autre
Et la tortue lui parla des temps passés
Du reflux des marées, du sable qui avance
Quand elle rêvait en silence de ce moment
Et qu'elle attendait en vain qu'on la remarque
La vieille femme s'excusa, lui décrit ses victoires
Sa carrière, ses hommes, sa maison de pierre
Ou sont-ils maintenant, le sais-tu?
Et la vieille femme eu un sourire triste
L'animal la consola, et lui fit la promesse
De rester avec elle et de partager ses souvenirs
Trois jours passèrent, de nouveau sur la plage
Des enfants qui courent, et une petite fille comme avant
La tortue abandonna la vieille et s'éloigna
Voulut perdre sa coquille, serrer les poings
Plaire à la jeune fille qui a lui souri

# Posté le lundi 14 juillet 2008 05:47

Modifié le lundi 14 juillet 2008 07:19

For whom the bell tolls - Pour qui sonne le glas

For whom the bell tolls - Pour qui sonne le glas
Métal hurlant, suintant d'huile et de boue, deux chenilles gourmandes tracent un sillon dans leurs ossements, le craquement de ceux qui sont morts pour rien, on leur a arraché les entrailles, troué le ventre et brûlé la peau

Fiers et idiots ils ont pris les armes et leur ont donné des noms, ont couché avec elles et les ont caressé dans une obscène mascarade, ils ont appris à tout oublier pour ne voir que l'ennemi et boire son sang

Ceux dont l'avis ne vaut rien et qu'on a poussé au charnier, qui ont escaladé des cadavres, amis et inconnus, dont les yeux éteints leur disaient : tournez vos balles vers nos dirigeants

Guère d'espoir en ces terres, de la tombeline blanche recouvrira les ruines, de nouveaux viendront les nourrir, de la chair fraîche pour les fleurs de charogne, pressés de courir au Ténare

Des femmes aux joues creuses se prennent les pieds dans des rangées de piquets blancs, et tout au fond, personne ne les entend soupirer, les vers se régalent quand les âmes sont avalées

Virgile n'est pas venu les chercher, des rangées infinies plantées devant la berge attendent le passeur et leur bouche remplie de terre ne rugit aucun son, silence de morts au champ d'honneur

Une montre à gousset tombe d'une poche crevée, dévoile deux visages sans couleur qui s'embrassent. Métal hurlant, chasse les pillards, écrase les rats, encore le craquement des côtes broyées jusqu'à la chute du Soleil.
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# Posté le jeudi 10 juillet 2008 18:41

Modifié le jeudi 10 juillet 2008 19:30

Amen, etc.

Un vent jaune fait se tordre la plaine
De la poussière se glisse sous le foulard
Ses yeux rient, ses doigts se replient, la sueur salée
La malice de celui qui tire le premier, malsaine et excitante
Celui de ce soir n'aura plus faim, plus froid, la chance a tourné cette fois
Une prime qui permet de tenir encore un peu, le visage plus désirable qu'une danseuse
Le cuir sale contre la peau taillée, le temps s'est figé et nul n'ose plus violer le silence de ce rituel macabre
Une déformation de l'espace autour des lèvres, la fumée comme un mirage qui n'autorise pas l'imaginaire et pour achever cette peinture de terre : un sourire troué
Bang..!
Amen, etc.
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# Posté le dimanche 06 juillet 2008 20:01

Be-bop

Be-bop
Hey écoutez un peu ça
Cet air qui vient de loin
Rapide, endiablé, coloré
Si loin, si loin, un air de Charlie Parker
Mais quel est donc le secret?
Faites silence, rien que lui et son alto
Il n'a aucune idée de ce qu'il va jouer
Bird est vivant, déchaîné comme jamais
Décharné, libéré de la liqueur
Mais ivre de joie, virevoltant
La chartreuse ne l'aura plus
Mais les femmes sans doute encore
Un triomphe, ce soir a nouveau, l'apogée
Peut-on le laisser voler toujours
Sans jamais voir son souffle court,
Inspiré, bien sûr, jamais la même note
Le cuivre chaud, comme un prisme
Si vous n'avez pas eu la chance
Si les vapeurs de whisky, les escarpins rouges
Vous sont étrangers, écoutez donc
L'oiseau noir au sang d'encre
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# Posté le dimanche 29 juin 2008 20:57

Modifié le lundi 30 juin 2008 18:25

Chêne

Il a toujours été le confident des oiseaux qui attendent
Plutôt ennuyeux, on ne vient pas le voir pour sa conversation
Il ne répond jamais de toute façon, au moins il ne ment pas
Il a même gardé le silence sur les amours interdits qu'il a recouvert
Que peut on lui reprocher, la-bàs ou il ne cache pas le soleil
On ne lui connaît pas de famille, il s'est installé avant ceux d'avant
Pourtant à la ville on veut sa chair, on veut qu'il soit utile
Ses jours sont comptés, il ne le soupçonne pas encore
C'est son dernier été, pas de pitié pour un arbre fatigué
Haletant, ils sont venus le chercher, à cinq ils sont arrivés
Armés de haches et de bonnes intentions, ils l'ont abattu
Une niche pour les oiseaux, c'est tout ce qu'il espérait
Mais il avait vécu quatre siècles pour une chaise de quatre sous.

Chêne
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# Posté le vendredi 27 juin 2008 12:36

Modifié le jeudi 10 juillet 2008 19:32