Hey, mais c'est plein de poussière, par ici, il semblerait que le propriétaire soit du genre négligent. Allez, il est dommage de laisser périr un site, retroussons nous les manches. Ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent, avec de l'ambition il est possible d'aborder de nombreux domaines, et avec de la mégalomanie, de transformer Vici en Wikipedia. Non, non, ce n'est nullement l'objectif. Ici je viens raconter ce qui me passe par la tête et trop souvent ce sont des morceaux sombres qui ressortent. Il est vrai que j'ai pour usage de placer des textes plutôt mystiques, c'est déroutant de lire quelqu'un qui se parle à lui-même. J'en suis navré, rares visiteurs, c'est mon mur des lamentations personnel, j'y place quelques textes et je ne sais pas vraiment pour quelle raison. Je n'aime pas tant que ça les écrits solennels, ni même les lourdes discussions. C'est plus simple si je griffonne tout seul, j'ai l'esprit libéré et je peux passer à autre chose.
Les blogs ont mauvaise réputation, et pour cause : chacun y va sur sa petite vie, avec force récits d'exploits et photographies-témoins. Je fais de même avec mes textes, ils sont sans doute là pour me convaincre de ma propre importance. Si je ne grave pas que je suis là, on ne le fera pas à ma place, alors c'est ma marotte. Comme ces gestes que l'on fait par superstition, tous, alors qu'on se prétend rationnels, logique : prenez les bijoux, ils ont toujours une signification. On leur accorde des valeurs, on leur prête des vertus magiques : une alliance, un pendentif, ce sont autant de grigris qui n'ont d'autre valeur que de nous conforter, ils se transforment en talismans. Si la superstition était vraiment absente, qu'est ce qui différencierait un bel objet que l'on nous a offert de son exacte réplique dans la vitrine du premier magasin? Il existe des failles dans notre logique, comme celles d'accorder un sens à un tableau d'art contemporain ou de matérialiser les destinées d'un héros de cinéma.
Si des êtres artificiels avaient un jour des croyances et des idées propres, à partir de quel point pourrait-on considérer comme vivants des circuits qui ont été conçus? L'avortement pose la question intéressante de savoir à partir de quel moment on peut considérer un foetus comme un être vivant, au moins aux yeux de la loi. Et avec des êtres de métal et de plastique, ce sera pour quand? Les progrès sont rapides, certains sont impatients, d'autres un peu effrayés, très peu sont indifférents, dans le sens ou chacun à un avis sur la question. La science-fiction reprend souvent ce thème, les dernières décennies ayant instauré ce qu'on appelera peut-être plus tard l'ère cybernétique, virtuelle, en tout cas, informatique. L'Internet a tout changé, silencieusement, rapidement. Les rapports humains, les services et les possibilités ont été, sinon multipliées, tout au moins élargis. Alors un jour, il faudra faire face à la question des rapports humains / machine. Parler avec un clavier à un inconnu derrière un écran, est-ce vraiment différent de dialoguer avec une machine? Tout est artificiel, si ce n'est l'intelligence, dans cette relation. Et c'est précisément cette branche qui se développe avec le virtuel. Quand un programme sera suffisamment puissant pour avoir conscience d'en être un, prendre des décisions raisonnées et ressentir des sentiments, beaucoup de choses vont changer dans notre approche au monde et à la vie. Je suis convaincu que la mécanique peut remplir les mêmes fonctions que le biologique, je ne crois pas à l'âme, et je reste persuadé que toutes nos cellules qui réagissent par chimie peuvent être supplantées par des circuits. Le corps humain est complexe, mais dénué de toute magie. Notre esprit crée cette magie, elle est artificielle : notre vision du monde peut être emplie de mythes, notre corps reste un hôte, notre intelligence reste une série de choix infiniment (ou presque) complexe. L'homme a créé Dieu à son image, tant mieux, mais j'ai une préférence de sensibilité pour les récits de l'Oeuf-Monde, ou de la grande carapace de tortue sur laquelle on repose, ou encore sur les esprits des Eléments. Je trouve simplement les panthéons fantastiques plus colorés que la laborieuse hagiographie de l'occident. Il n'est pas question une seule seconde de croire qu'Athanor contrôle les flammes ou que l'esprit de la vie fait renaître les arbres morts : mais quitte à choisir entre la Bible et n'importe quel univers, je préfère encore voyager et rencontrer des feux follets, des dragons et des arbres. L'Histoire nous raconte déjà tellement d'histoires humaines passionnantes ou repoussantes.
Je ne sais plus où je voulais en venir, du coup. Tant pis, au début je ne savais pas vraiment avec quoi j'allais remplir cet article, mais c'est venu. On pourrait écrire des livres entiers sur le sujet, c'est un fait ; mais j'en viens à penser au paradoxe qui me travaille quand je pense à la vie. Je perçois les hommes comme des amas de chairs animées par des réactions chimiques, je vois les sentiments comme des choix dictés par des impulsions électriques résultant d'une série de décisions antérieures et je vois le caractère comme l'ouvre de facteurs tels que l'expérience, les gènes, l'état du cerveau et des substances qui le troublent, bref, je ne crois pas une seconde à l'âme. C'est froid, c'est désenchanté. Mais à côté de ça, je prête à notre esprit la faculté de créer toute la magie du monde, de produire du merveilleux, du surnaturel, là ou il n'existe qu'un vaste caillou dans un grand vide. Je sais que les étoiles sont des boules de gaz, mais je suis fasciné par elles et leur symbolique, je peux leur parler ou sentir un lien. Je sais que les autres humains sont des os, de la chair servant de corps à un esprit bouffi d'égoïsme, n'agissant jamais par altruisme, pourtant je recherche leur compagnie et trouve notre société fascinante. C'est comme si en faisant l'autopsie la plus pragmatique de notre condition, il était possible d'en tirer quelque-chose de beau, de magique. En percevant l'humain comme la plus bête des équations, le résultat apparait merveilleux. Rien n'a de sens, dans l'ordre des choses, et pourtant, notre cerveau a réussi à en imaginer, à en appliquer à tout ce qui nous entoure. Ce n'est pas donner la vie à un enfant qui est incroyable, c'est plutôt plaquer une aura au monde qui lui confère sa beauté et nous procure l'envie d'y évoluer.
Je ne sais toujours pas ou je voulais en venir. Qu'importe, il y a déjà trop de choses couchées ici, et j'ai des fourmis dans les jambes.